|
La découverte des vestiges de cette villa n'est
pas banale. En effet, ceux-ci ont été découverts grâce à des prises
de vue aériennes. Pour les personnes intéressés par l'archéologie,
nous reproduisons ci-après, et avec leur accord, les notes du
G.R.A.S.B. (Groupe de Recherche Aérienne du Sud Belge) qui l'a
découverte et étudiée.
La découverte :
C’est lors de la petite sècheresse de l’été 1986, que la trace
étudiée
ICI apparaît sur prairie. Depuis 10 ans, nous survolions systématiquement cette
région, car nous connaissions l’existence de vestiges d’époque
romaine. Cependant, jusqu’à présent, jamais aucune trace n’était
apparue.
Dès la première observation, de nombreuses traces claires attirent
notre attention. Parmi celles-ci une structure bien ordonnée
révèle le plan d’un bâtiment d’importance moyenne dont deux
éléments nous intriguent (ici , Voir carte schématique
correspondante à la photo). Il s’agit d’abord d’une trace
pseudo-circulaire située au coin sud-ouest de l’ensemble, vient
ensuite une tache claire de grandes dimensions limitant le nord du
site.
A première vue, cet ensemble nous apparaît comme un grand carré
qui, en ce point culminant, pouvait faire penser à un lieu
stratégique ou culturel.
Au sol, une surélévation de terrain, permet la localisation
précise des ruines.
L’existence de vestiges anciens était connue des propriétaires
actuels qui l’avait apprise, eux-mêmes, des précédents.
D’après eux, le terrain actuel aurait été cultivé peu de temps, le
sol étant particulièrement rocailleux et difficile à labourer.
Interprétation des phénomènes :
Les grandes taches claires qui apparaissent sur la photo sont le
résultat d’une sècheresse moyenne sur sol rocailleux. Ce phénomène
est maintes fois décrit dans les ouvrages traitent d’archéologie
aérienne. Les végétaux vont sécher, donc jaunir plus rapidement,
s’ils croissent à la verticale d’un sol rocailleux ou d’un mur.
Dès que la roche s’enfonce dans le sol, l’humidité devient plus
importante et la couleur ou valeur du couvert végétal s’en trouve
altérée. Cette constatation nous donne l’explication concernant
les traces des murs enfouis, bien apparente dans le coin sud-est
du bâtiment.
Il restait à déterminer l’origine du pseudo-cercle détecté dans la
partie sud-ouest de l’ensemble.
Description et interprétation des traces :
Nous sommes en présence de traces induites par des affleurements
de roches (A) et par une construction en sous-sol (B).
On remarque aussi deux zones plus foncées (C et C’). Il s’agit en
(C), d’une zone de rétention d’eau par ombre portée. En effet, les
arbres créent un écran naturel, face au soleil, qui empêche
l’évaporation excessive en lisière de la forêt (Zone sur de la
prairie).
En (C’), on observe une valeur sombre qui signale la présence
d’une forte humidité. Cette partie est constituée par une
dépression dans le terrain. Une cuvette naturelle recueille les
eaux environnantes et, par forte sècheresse, devient un réservoir
naturel.
On connaît dans toute la région, de nombreuses dépressions
semblables à celle décrite ci-dessus. Ces dépressions furent
appelées « mardelles » par les Anciens (mythe des fonds de
cabane).
Les fouilles :
Généralités
Les recherches entreprises sur le site découvert par photographie
aérienne avaient trois objectifs :
- Tout d’abord, vérifier l’existence des structures détectées d’avion et principalement
définir la fonction de la structure pseudo-circulaire située au sud-ouest du plan ;
- ensuite établir une chronologie générale de l’ensemble ;
- et enfin, tenter de replacer le site dans son contexte géographique et historique.
Notons que la fouille ne se voulait pas exhaustive et de ce fait,
nous nous bornerons à exposer des résultats provisoires.
Les structures :
La fouille a été réalisée dans une prairie au lieu-dit «
Seifelswinkel » (vient de Seifels = flaque, bourbier, mare et
Winkel = coin, angle d’un champs, d’un pré) dans une parcelle
cadastrée Guirsch 1 / 1265a et située à l’altitude 405. (Voir plan
d’implantation général, ici)
Le terrain est constitué de marne de Strassen (Sinémurien)
contenant de nombreux fossiles du type Gryphaea. Ceux-ci
proviennent de la désagrégation d’un niveau de calcaire marneux.
Cette roche se débite en plaques qui se retrouvent éparpillées par
la charrue sur les champs labourés.
Nous avons travaillé sur base d’un axe orienté N.S. et dont une
borne de référence a été fixée en lisière de la forêt, au sud de
l’ensemble. A partir de cet axe et de part et d’autre, six zones
orientées N.S.-E.O. ont été définies. En plus de ces zones,
quelques sondages ont été effectués pour établir les limites
probables du site. Il s’agit de tranchées N.S.-E.O.
Pour observer le plan réalisé à partir des fouilles, cliquez ICI
(Plan villa romaine d’Heckbous).
• Zone A. (Sud de l’ensemble)
La borne A, de l’axe fixe, est le coin S.E. de cette zone. Nous
avons entamé les recherches à cet endroit, car il existait là une
dépression caractéristique dans le terrain. Nous pensions aussi
aborder d’emblée la structure pseudo-circulaire observée d’avion.
Dès que la couche arable est enlevée, un sous-sol pierreux
apparaît. Ces pierres informes sont posées sont posées sans ordres
les unes sur les autres. Elles s’extraient aisément car aucun
liant ne les retient. Nous remarquons également que la partie S.E.
de la zone A est constitué par la roche en place. Une limite bien
nette marque le bord d’une fosse comblée de pierres (nous
constaterons plus tard qu’il s’agissait en fait de la partie sud
de la cave 1).
• Zone B et zone C.
Ces deux zones ont fait apparaître d’importantes structures en
sous-sol. Nous avons tout d’abord dégagé la descente vers la cave
1 et la portion nord de cette même cave. On a constaté que cette
structure était entièrement comblée de pierres informes parmi
lesquelles on trouve quelques rares tessons de poterie d’époque
romaine, quelques morceaux de tuiles , des morceaux de meules en
roches éruptives ainsi que des scories de fer.
Aucun appareillage n’a été retrouvé. Seule, l’empreinte peu
marquée d’un mur intérieur en moellons, subsistait au pied des
parois en terre. La portion dégagée mesure 1m. 60 de large, depuis
la base de l’escalier jusqu’à la paroi lui faisant face. La
longueur de la cave est estimée à 7 m hors appareillage et en
tenant compte de la limite sud mise au jour dans la zone A. Sa
profondeur est de -2 m à partir du niveau du sol actuel.
La descente de cave, établie en bordure d’un mur principal de
l’habitation, mesurait 1m 30 de largeur sur 2m 60 de longueur et
était incliné à +- 40°. L’escalier devait être constitué de
poutrelles de bois. Seules, les empreintes de deux madriers
supports longitudinaux sont encore présentes. Au tiers de la
descente, deux trous de pieux indiquent l’emplacement d’un système
d’ancrage de la structure.
La cave 1 ne présente pas de traces d’incendie.
C’est dans la descente d’escalier que nous avons découvert le
petit gobelet en céramique métallescente.
Au nord de la cave 1 existait une seconde cave (cave 2) séparée de
la première par une paroi de 80 cm d’épaisseur (hors
appareillage). Cette cave 2 a été incendiée. En effet, les parois
en terre présentent une coloration rouge brique et des morceaux de
poutres calcinées ont été découvert sur le fond.
On a remarqué que la base de cette cave avait été taillée dans la
roche en place. Le sol présentait de fortes irrégularités marquées
par les arêtes vives de la roche. Ces irrégularités semblent avoir
été compensées par un plancher dont on a retrouvé quelques débris
calcinés. La portion dégagée dans la zone B a été complétée, lors
de la campagne de fouille suivante, par une seconde portion qui
nous permet de connaître la limite nord de la structure.
• La zone C présente, outre la descente vers la cave 1, les
fondements d’un mur principal de l’habitation. Un enrochement de
80 cm de largeur est constitué de pierres de petite taille placées
les unes sur les autres et souvent sur chant. L’épaisseur de cet
enrochement est d’environ 20 cm. Quelques gros moellons superposés
à l’enrochement, ont été mis au jour dans la zone C et la zone D.
Il ne subsiste rien des murs en élévation.
Dans la partie nord de la zone C, nous avons découvert des trous
de poteaux peu profonds (1à à 15 cm de profondeur), comblés de
terre sombre, quelques charbons de bois ou de pierres.
On ne peut s’empêcher de remarquer l’alignement des PP. 1 et P. 4
par rapport à l’orientation du mur principal.
• La zone D est traversée en diagonale par le mur principal. Au
sud de ce mur, nous avons découvert des milliers de morceaux
d’enduit constitué d’un mortier blanc ocre, mélangé à des
parcelles de terre cuite rouge. La face apparente est lisse mais
non plan. Elle est ornée de gorges rectilignes à section arrondie.
Ces gorges lisses composent un réseau de structures orthogonales.
Certains morceaux laissent voir de faibles traces de couleur
bleue. Parmi ces nombreux morceaux a été découvert le bord de
gobelet en terra nigra.
• Nous avons dégagé, dans la zone E, l’extrémité du mur principal
et la jonction avec le mur latéral (extérieur) est du bâtiment.
Aucun décrochage n’étant discernable, on peut affirmer que toutes
les structures dégagées ont été construites durant la même
période.
On constate également que le mur extérieur à une épaisseur de
fondation d’environ 70 cm.
• La zone F a mis en évidence l’angle sud-est du plan, angle
particulièrement bien visible sur la photographie aérienne.
La même technique a été utilisée pour le mur principal et ce mur
latéral.
Notons enfin que l’épaisseur de la couche archéologique, située
juste sous la terre arable, ne dépassait pas, sur toute l’étendue
fouillée, quelques cm.
D’autres tranchées, réalisées durant la seconde campagne, ont
permis de localiser d’autres limites de bâtiment.
- Une tranchée orientée E/O et réalisée au nord de l’ensemble,
avait comme but de comprendre la signification de la grande tache
claire, bien apparente sur le cliché aérien.
Cette excavation a fait apparaître un sous-sol rocheux qui
affleure à cet endroit. Aucune structure artificielle n’a pu être
mise au jour. Notons qu’un mur, posé sur la roche en place, aurait
été emporté par les travaux agricoles. Il n’est donc pas étonnant
de ne plus trouver de structures à cet endroit.
- Une seconde tranchée ( T.O.) avait comme objectif de définir la
limite ouest du bâtiment. Le mur ouest, de même facture que les
précédents, a été découvert. A proximité, nous avons trouvé de
nombreux morceaux de tuiles, des scories, des tessons de poterie
et une monnaie.
- Une troisième tranchée (T.N./S.) a permis de recouper la cave 2.
La portion nord de cette tranchée, n’a pas livré de vestiges
significatifs.
- Une quatrième tranchée à mis au jour une portion du mur est. Ce
mur est souligné intérieurement par un fossé dont la signification
reste obscure.
- Nous mentionnons enfin une découverte fortuite réalisée en
dehors du bâtiment. Il s’agit d’une fosse d’environ 1m20 de long
sur 80 cm de large et située à proximité de la borne A. Cette
fosse, creusée dans la roche en place, contenait des tessons de
poteries et notamment les goulots de cruches. Elle contenait aussi
des ossements et du charbon de bois. La base de cette fosse se
trouvait à environ 80 cm sous le niveau du sol actuel. Le matériel
était disposé sans ordre. (Voir coupes correspondantes)
Conclusion :
Les recherches entreprises sur le plateau de Heckbous ont permis
de confirmer la présence de vestiges d’un bâtiment d’époque
romaine au lieu dit « Seifelswinkel ».
Ce bâtiment est orienté N.-O./S.E., parallèlement à la lisière de
la forêt actuelle et surtout, parallèlement au chemin forestier,
situé au sud de l’ensemble et appelé « voie romaine » par les
autochtones.
Les vestiges qui ont été mis au jour ont révélés la présence de
murs, dont seules les fondations subsistent et de caves
entièrement comblée de matériaux de rebut.
A la lumière de ces découvertes, il semble que ce bâtiment ait
servi de carrière déjà dans la seconde moitié du IIIe siècle.
L’appareillage de la cave 1 ainsi que l’escalier ont été démontés
et probablement réutilisés. Cette cave, vidée entièrement, a
ensuite été comblée de matériaux de rebut (pierres informes,
morceaux de tuiles, …) sans liant. La cave 2 a subi le même sort.
De plus elle a été incendiée avant comblement.
Il est difficile d’établir la fonction précise de cet habitat. Les
deux outils découverts semblent plutôt lui conférer une fonction
d’atelier ; élément par ailleurs renforcé par la présence de
scories.
La chronologie est établie à partir du matériel céramique et de la
seule monnaie découverts sur place.
- Les vestiges les plus anciens sont datés du milieu, deuxième
moitié du Ier s. On reconnaîtra, parmi ces vestiges, l’assiette et
surtout les types terra nigra. Ces tessons ont été trouvés
disséminés sur le site. Ils ne peuvent être retenus comme éléments
de datation d’une structure particulière du bâtiment.
- On remarque ensuite une majorité de tessons datés du IIème et
IIIème s. La monnaie, étudiée par Mme Lallemand est datée de la
deuxième moitié du IIIème siècle.
- Le quatrième siècle semble peu représenté. Nous n’avons pas
découvert d’indices caractéristiques de cette période.
Nous pouvons donc conclure à l’établissement de cet habitat durant
la seconde moitié du Ier siècle, à son occupation durant le IIème
et IIIème siècle et à son abandon probable vers la fin du IIIème
siècle. Dès ce moment, le bâtiment est entièrement vidé, certaines
parties sont incendiées, les matériaux intéressants sont
récupérés.
Cet habitat devait faire partie d’un ensemble plus vaste. En effet
nous connaissons les vestiges d’autres habitats disséminés sur le
plateau. Le plus remarquable est situé au lieu dit « Wiltgesrath
», dans la parcelle cadastrée Guirsch 1 ; 118b et 1254, à environ
120 m à l’ouest du site fouillé. L’extension des débris en surface
révèle la présence d’une structure de taille modeste.
D’autres vestiges ont encore été publiés par Loës. Notamment au
nord du site fouillé, au lieu dit « Bei olseitert », ainsi qu’au
nord-est, en territoire grand-ducal.
La zone sud-est est entièrement couverte de forêts, ce qui ne
facilite pas les recherches.
Essai de reconstitution :
La reproduction présenté ci-dessous tient compte du
plan relevé par les photos aériennes ainsi que des sondages
entrepris sur le terrain. Cette image est donc une interprétation
sujette à modification en fonctions de recherches ultérieures.
A la lumière des découvertes récentes, nous pensons que la partie
sud était constituée par un grand bâtiment allongé. Celui-ci
recouvrait sans doute la cave 1. Les murs intérieurs étaient
recouverts d’un enduit dont on a retrouvé de nombreux morceaux.
La partie centrale présentait une grande cour en terre battue. De
cette cour, on avait accès à la cave 1 en passant sous un portique
en bois. Le long du mur est de la cour existait une dépression
dont la fonction nous échappe ; il pourrait s’agir d’une cuvette
de vidange servant, entre autres, les eaux de pluie.
Ce que nous avons appelé la cave 2 et qui se trouve dans le coin
sud-ouest de la cour centrale, pourrait être une fosse ou un silo.
Aucun mur ne délimite cette structure. G.F.

C.B.
Extrait des cahiers du GRASB, Musée d’’Autelbas (a.s.b.l.) n°1989-1 © (avec son autorisation)
|