Recherche sur ce site  
powered by FreeFind

Photo de la façade, côté rue

Comme vous pouvez le voir, ci-dessus, la façade de cette demeure apparaît comme une magnifique ancienne maison de maître. Mais à regarder de plus près, cet ensemble cache, en plus de trois autres ailes de bâtiments, une histoire peu banale de part ses origines et ses différentes destinations.

Au milieu du XIXe siècle, la ferme originelle appartenait à une famille Brucher. En 1848, à la suite du décès de son père, Élisabeth Brucher, épouse de Jean Lefevre, hérite de cette maison. Elle comportait l'habitat, l'écurie et une cour. La famille s'agrandit jusqu'à sept enfants. La ferme prospère, réclamant des écuries plus grandes qui seront construites en 1858. Malheureusement, un incendie ravage l'entièreté du domaine en 1868. Dès 1869, tout est reconstruit. Des sept enfants du couple, un fils continue à exploiter la ferme et l'on suppose que c'est à la suite de son décès que ses frères et soeurs vendent la propriété. Un des autres fils reprendra, en 1877, l'étude de son beau-père, le notaire Daniel Auguste Allard de Tintigny et sera assassiné par les Allemands, durant la Première Guerre.

Ainsi, le 4 juin 1903, le bâtiment change de propriétaire et de destination : Jeanne Francais, Marie Bragard et Constance Goux, représentantes du Saint Coeur de Marie, congrégation religieuse de Nancy, l'achètent pour le transformer en couvent. Le Pensionnat des Religieuses du St Coeur~de Marie, fondé à Nancy en 1845, rue du Haut Bourgeois 18, est donc transféré à Guirsch. Dans la cour, une statue du Sacré-Coeur porte encore la date de 1904. Pour ces religieuses, l'établissement présente toutes les conditions désirables de salubrité et d'agrément. Il est situé sur une hauteur d'où l'on domine toute la vallée environnante. Un air pur, un site pittoresque, des promenades variées et magnifiques, tout contribue à rendre le séjour très agréable.

Les biens acquis se composent d'une maison d'habitation comprenant corps de logis, grange, écuries, bergerie,  buanderie, remise et cour avec un jardin et un verger y attenant, à côté et derrière, le tout formant un ensemble d'une contenance et superficie totale de nonante-six ares soixante centiares. Un jardin, en face de la maison, mais de l'autre côté du chemin, en fait également partie. Celui-ci provenait des successions des père et mère des vendeurs et appartenant indivisément pour un tiers à chacun des enfants du chef de ces successions.

Les Soeurs vont transformer considérablement les bâtiments à plusieurs reprises pour pouvoir y accueillir, comme prévu à l'origine, le noviciat puis dans la suite, un pensionnat. Entre autres aménagements, une chapelle est érigée dans l'angle de la cour en octobre 1903. Cette même chapelle servira, pendant les hivers de guerre, de lieu de culte pour les paroissiens, afin d'éviter de devoir chauffer l'église de Guirsch, qui se trouve presqu' en face. Dès après la Première Guerre, l'Ordre se réoriente dans l'éducation des petites orphelines de guerre et, pour subvenir à ses besoins, se spécialise dans la confection d'ornements d'église.

Lors des deux guerres, les Soeurs se dévouent sans compter : en 1915, la maison de campagne des R.P. jésuites de Clairefontaine est convertie pour le temps de la guerre, en asile pour vieillards, victimes de la guerre. Les religieuses de Guirsch font le service de la cuisine. Pendant la seconde Guerre, les Soeurs accueillent le noviciat des Pères Jésuites d'Arlon pendant 2 ans soit de 1942 à 1944.

Le Père Defoux écrivait à ce sujet : "En août 1942, le déménagement s'opère et le noviciat s'installe à Guirsch, chez les Soeurs du Saint-Coeur de Marie. Il y avait là quatre vieilles religieuses. Je me rappelle qu'on disait qu'à elles quatre, elles totalisaient 300 ans. Elles vivaient retirées dans la grosse maison à front de rue, nous abandonnant tout le reste du bâtiment y compris leur grenier qui nous servait de dortoir. Nous disposions aussi d'un dortoir à l'étage de ce qui était école ou maison communale ; tout grenier était utilisé comme dortoir. Nous disposions de la chapelle du pensionnat et de toutes les pièces (salles de classe, réfectoire) des annexes au bâtiment principal".

Outre la bonne septantaine de novices, la communauté réfugiée à Guirsch comptait trois Pères, le Père Maître des novices, son adjoint (Le Père Socius) et un professeur (lequel disposait d'une chambre dans la maison du curé, l'abbé Crémer. En 1943, un jeune Père vint se joindre aux trois autres, disposant d'une chambre dans la maison des sœurs.

Le 3 mai 1952, la congrégation vend le domaine à des particuliers. Les nouveaux propriétaires ne l'occupent pas, et le louent. En 1963, un contrat de bail est signé pour y accueillir les Archives de l'Etat de la province du Luxembourg et d'une partie de la province de Liège. Les origines du dépôt des Archives de l'État sont liées aux circonstances qui ont amené l'installation, d'abord provisoire, ensuite définitive, de l'Administration provinciale du Luxembourg à Arlon. Le partage des archives entre l'ancienne capitale du Grand-Duché et le nouveau chef-lieu fut décidé en application du Traité de Londres du 19 avril 1839...

En mai 1963 donc, les Archives d'Arlon, qui gênaient de plus en plus l'Administration provinciale dans l'extension de ses bureaux, furent vouées à une nouvelle évacuation, exécutée dans des délais très courts. Une solution fut trouvée, qui conciliait les impératifs de la loi, réclamant la présence des Archives de l'État au chef-lieu de la Province et la nécessité de loger immédiatement des collections dépassant cinq kilomètres de rayonnage. Une maison particulière, située à proximité de la Gare dArlon, devint le siège des bureaux, des locaux de service, de la salle de lecture et de la bibliothèque, tandis que les locaux de conservation étaient fixés au village de Guirsch dans les dépendances de l'ancien couvent et pensionnat. Le choix de ces immeubles loués était en principe provisoire et devait être suivi rapidement de la mise en chantier d'un nouveau bâtiment. Les locaux de Guirsch furent loués jusqu'à la création, à Arlon, du centre d'archives actuel, dans les années 80.

Pour cette nouvelle fonction, le corps de logis regroupait la salle de lecture à gauche et la conciergerie à droite. A l'étage, se trouvaient le bureau du conservateur et une chambre qui est restée inoccupée. Le bâtiment est donc complètement envahi (même l'ancienne chapelle) par les collections à l'exception du Fonds de Guirsch et de l'Abbaye d'Orval, du dénombrement de feux et de fiefs, des registres paroissiaux et de la bibliothèque transférés rue de la Gare à Arlon.

La propriété des bâtiments sera transférée, à nouveau, à un particulier, le 15 juillet 1981. Le 10 mars 1998, le bâtiment de façade et l'aile droite ainsi qu'une partie des jardins sont revendus aux actuels propriétaires, l'ancien propriétaire conservant l'aile arrière et l'aile gauche, servant essentiellement de dépendance.

Les bâtiments étant vétustes et partiellement délabrés, les nouveaux propriétaires entreprendront des travaux de rénovation en veillant consciencieusement, à conserver le cachet original de cet ensemble classé. Même, à l'intérieur de la maison de façade et de l'aile droite, que nous avons pu visiter, l'aménagement de certaines pièces et leurs décorations rappellent encore son ancienne affectation de couvent et son atmosphère de sérénité.

P.D.B

 
Retour Page d'accueil  Retour à la dernière page visitée  Retour vers le haut de la page