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Les armoiries de Jean de Cobrecille et de Marie de Liefelt, sur le mur de l'église de Guirsch

 

 

Né en 1549, d'une petite noblesse presque ruinée, son père ne possédant plus qu'un bois, Jean de Cobreville était un personnage ambitieux, procédurier, peu scrupuleux des moyens qu'il utilisa pourvu qu'il arrivât à ses fins, passant de la caresse à l'intimidation, de la rouerie au coup de force et à la guerre sans merci.

A 19 ans, il "monte" à Bruxelles pour étudier les Arts mais, commence dès lors, à intriguer. Il entame, à cet âge son premier procès contre le lieutenant-prévôt de Bastogne et seigneur de Sibret. Ses intrigues lui permettent de devenir secrétaire de Christophe d'Assonville, conseiller royal de Philippe II d'Espagne. A 22 ans, il est nommé receveur des aides (perception d'une taxe pour fortifier les villes et châteaux) pour le compte de Philippe II. A 28 ans, il cumule avec le poste de commissaire aux monstrées (sorte d'intendant général aux armées) et à 35 ans, toujours en cumulant, Grand Prévôt d'Ardennes (chargé de l'administration, de la justice et des affaires militaires).

Son ambition n'a pas de borne. Il récupère d'abord les terres ancestrales de Cobreville (entre Neufchâteau et Bastogne), puis acquiert ou s'approprie des propriétés à Vaux, Rosières, Nives, Remoinville, Lavaux, Humyn et Remagne et cela, par tous les moyens. Pour exemple des procédés utilisés: pour étendre sa seigneurie de Cobreville, il lorgnait depuis longtemps sur des propriétés appartenant à l'abbaye de Saint-Hubert. Il trouve un stratagème pour arriver à ses fins à très bas prix. Comme déjà dit, il est, entre autres, receveur aux aides. Or, les gens d'église étaient exemptés de cette taxe. Il prend l'initiative d'étendre les taxes aux ecclésiastiques, et en premier lieu, aux moines de Saint-Hubert. Ceux-ci refusent, en appel au pape et malgré l'intervention de celui-ci, il envoie des gens d'armes pour réclamer ces taxes sachant qu'il y aura refus avec, comme ordre corollaire, de piller l'abbaye, mais également de mettre à sac les propriétés de l'abbaye. Les moines sont ruinés. Sous la menace de remettre cela, il achète à bon prix, à l'abbaye, les terres convoitées.

Dans un autre cas, afin de s'approprier d'un moulin à grain d'un bon rapport, il détourne la rivière qui alimente les roues du moulin à eau.

Ensuite, pour asseoir sa notoriété et sa puissance, il achète la hautaine Seigneurie de Guirsch, devenant ainsi Seigneur détenant également la haute justice. Ces derniers titres lui donne la puissance d'un grand seigneur et un siège aux Etats Nobles de Luxembourg.

Toutefois, il meurt jeune, à 46 ans. C'est sur son épouse, Marie de Liefvelt, que retombe tout le poids de ces indélicatesses, car presque toutes les acquisitions avaient été faites dans les dix dernières années. Les réclamations et les procès se succèdent. Toutefois, sa veuve tient bon. Certes, elle perd des procès, mais devenue elle-même procédurière, elle sauve, en bonne partie ses domaines.

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La succession de Jean de Cobreville

Jean et Marie de Cobreville ont sept enfants (voir la rubrique " Généalogie"). Le deuxième et troisième, tous deux capitaines, meurent jeune à la guerre. Dans son testament, Marie de Liefvelt lègue une somme de 15.000 florins à Louise, fille aînée, qui a épousé Jean de Reiffenberg, un ancien lieutenant de son père, et 15.000 florins à la cadette Marguerite, encore célibataire. Restent trois garçons. Le plus jeune, Charles, est jugé un peu simplet, raison pour laquelle il n'épouse pas la carrière des armes et sa mère intercède pour qu'on lui attribue une charge de chanoine, donc dignitaire ecclésiastique. Celui-ci renonce à l'héritage moyennant le versement par ses deux frères, d'une rente annuelle de 600 florins. Alexandre, capitaine et Pierre-Ernest, colonel devaient hériter des seigneuries de Cobreville et Guirsch.

A la mort de leur mère, Alexandre et Pierre-Ernest, jeunes et riches, donnent en mariage leur plus jeune sœur, Marguerite, à Hiérosme de VAUCLEROY, seigneur de Ville-au-Bois, domaine sis à 20 Kilomètres au nord de Reims. Elle devient donc française par son mariage. Pour dot, elle reçoit, sous fond de reconnaissance de dette, ses 15.000 florins d'héritage augmentés d'une largesse des frères de 5.000 florins. A l'appui de cette promesse, les frères gagent les deux seigneuries. Ce détail est important comme nous le verrons plus tard.

Meurt d'abord, Alexandre, célibataire. Pierre-Ernest décède ensuite, également célibataire et intestat selon les uns, un testament en faveur de Charles, pour d'autres. Et nous voilà partis pour une foire d'empoigne faisant paraître le feuilleton Dallas à un conte pour enfants.

Pour les Reiffenberg, enfants de la fille aînée Louise, l'affaire est claire. Les châteaux leur appartiennent. Situons d'abord, cette gentille petite famille. Il y a huit enfants. Six filles et deux garçons. Mettons d'abord sur le côté les quatre filles les plus âgées, qui sont entrées sagement dans les ordres et dont on n'entendra plus jamais parler dans la guerre de succession qui se prépare. Le fils cadet, lui, a été tué par son frère Christophe, au lendemain de son mariage. Bien que poursuivi pour meurtre, ce dernier se fait oublier un temps, mais revient sur scène pour la curée sur les seigneuries vacantes et chose obscure, la justice semble avoir oublié ce meurtrier, même quand cela lui sera rappelé. Restent donc pour la course à l'héritage, de ce côté de la famille, Christophe de Reiffenberg, Caïen pour les intimes, et deux sœurs, épouse Harbonnier et Hives.

Pour ces enfants "de cœur", l'affaire est simple. Leur mère, Louise, n'a jamais reçu que 8.000 florins sur les 15.000 de son héritage. Donc, une partie leur revient déjà pour récupérer leur part d'héritage. Charles, lui, avait renoncé à l'héritage du temps de sa mère à la suite d'un accord passé avec deux de ses frères. Quant à Marguerite, "l'effrontée", elle a épousé un Français. Or, l'Espagne, et donc nos provinces sont entrées depuis, en guerre contre la France. Elle est donc "disqualifiée".

Une petite anecdote à ce propos pour montrer l'air du temps. Des âmes charitables (les Reiffenberg, sans nul doute), ont rappelé à la justice que Marguerite est devenue une traîtresse, de par son mariage avec un Français et que ses biens, dans nos régions devaient donc être confisqués. Un juge et un avocat sont commis d'office, le premier pour statuer, le second pour défendre les intérêts de Marguerite. Un accord est rapidement conclu entre juge et "défendeurs de Marguerite": 1/3 pour l'Etat, 1/3 pour le juge lui-même et 1/3 pour "les bonnes oeuvres de l'avocat".

Revenons-en à Simplet ou Charles, et à Grincheux ou Christophe de Reiffenberg soutenu par ces deux sœurs et beaux-frères. Simplet se prétend légitime héritier et présente un testament de Pierre-Ernest en sa faveur. Grincheux l'attaque en faux. Devant la justice, ce testament sera, dans un premier temps, refusé. Or donc, pendant que la justice essaie de délier les écheveaux de l'affaire dans des procès, appels, "contre-procès" et "ré-appels", le triste compère Grincheux vole les meubles, pille les caves à vin, s'empare des bois, moissons et tous les produits des fermes des manants de la seigneurie de Cobreville, les ruinant du même coup. Simplet lui répond en faisant de même à la seigneurie de Guirsch, avec l'aide d'un curé d'Arlon (celui-ci n'a pas exercé longtemps). Grincheux contre-attaque en envoyant, entre autres, des spadassins dans la chambre de Simplet endormi ou dans la rue pour le rosser ainsi que ses valets. Il joue également à d'Artagnan en tirant son épée et en tuant, un huissier qui présentait une saisine favorable à Simplet. En attendant une décision de justice définitive, chacun des protagonistes reçoit momentanément la jouissance de la moitié des propriétés.

Mais comme dans un conte de fées, intervient Marguerite qui elle, est blanche comme neige. Son prince charmant est décédé et elle revient au pays. Elle introduit un recours en grâce auprès du roi Philippe II d'Espagne en expliquant que son sommeil chez nous n'a duré que le temps de la vie de son bien-aimé et que pouvait-on lui reprocher ? Elle n'avait fait qu'obéir à ses frères en épousant un Français dont le pays n'était pas ennemi à l'époque. "De plus, sa très sainte Altesse sait que l'Eglise recommande à la femme de suivre son époux" (extrait de sa lettre). Philippe II la gracie en 1644, au soulagement de Simplet mais à la colère de Grincheux. Elle récupère ses biens qui avaient été confisqués et partagés comme vu plus haut.

Mais notre Blanche-Neige a bien retenu les leçons et se montre finaude. Simplet, lui, est devenu Joyeux mais elle ne veut pas faire rire Grincheux qu'elle sait, ni Timide ni Dormeur, en réclamant directement sa part d'héritage. Tout le monde n'a pas oublié sa "traîtrise". Plus intelligemment, elle fait valoir ses droits sur sa dot de 20.000 florins qu'elle n'a jamais reçue. Or depuis le temps, et même avec un taux d'intérêt bas, cela fait au moins 32.500 florins. De plus, cette somme était garantie par les propriétés des deux seigneuries. La justice donne raison à Marguerite.

S'en suivent à nouveau procès et appels. Mais à la fin, tous ces procès ont ruiné Grincheux et ses deux soeurs. De plus, la justice commence à en avoir assez de ces "frivolités d'appels" et le déboute définitivement. Grincheux et ses mégères jettent l'éponge. Ils avaient crié trop vite à la disqualification de la petite cadette. Ils n'avaient pourtant pas lésiné sur les moyens pour contester, ergoter même sur la moindre broutille. Pour exemple, ils ont attaqué les attendus royaux octroyant la grâce à leur tante en prétendant, en autres, que leur grand-père, Jean de Cobreville, se serait appelé Grandjean et aurait été un petit cordonnier dans un vague petit village. Ils sont ruinés et doivent se retirer sur les quelques propriétés qu'ils ont pu sauver.

En outre, il ne faut pas oublier que se poursuivaient encore les procès et appels entre Charles et les Reiffenberg, le premier se prétendant l'héritier de Pierre-Ernest, et certaines décisions de justice allaient dans ce sens. Or, moyennant gîte et rente, Charles soutenait sa sœur Marguerite et s'était engagé envers elle à ne plus faire valoir ses droits à l'héritage de son frère si Marguerite devenait presque l'unique héritière, ce qui fut le cas. Marguerite récupère Guirsch vers 1647 et une partie de la seigneurie de Cobreville.

La morale de cette histoire : C'est la "gentille" qui a finalement gagné. Mais il est quand même plus qu'étonnant que Christophe de Reiffenberg ait tant fréquenté les tribunaux, souvent de son propre chef, et qu'il n'ait jamais été vraiment inquiété pour le meurtre de son frère et d'un huissier de justice. Signalons également qu'en se référant à la généalogie des successeurs de la seigneurie de Guirsch, l'on retrouve, une Dame de Reiffenberg comme épouse, comme quoi, dans la famille, tout le monde n'était pas si méchant.

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La suite des successions

Pour les quatre enfants de Marguerite, les de VAUCLEROY, les temps sont durs. Les deux seigneuries ont perdu leur splendeur d'antan. La famine, la peste, les troupes armées qui pillent systématiquement partout où ils passent et ruinent les grands propriétaires mais également tous les paysans. Vu la situation géographique, la Seigneurie de Guirsch en fut plus souvent victime. Pierre-Ernest, leur oncle, et durant un moment seul héritier des Cobreville a entretenu à ses frais un régiment à Arlon et a dépensé sans compter pour cet entretien. Charles et les Reiffenberg, dans le but de se nuire mutuellement ont dilapidé le patrimoine familial.

Certes, Marguerite a récupéré sa dot, mais à quel prix. De plus, et comme elle l'avait craint, à la suite de son mariage avec un Français, la justice lui a donné raison pour sa dot, mais lui refuse sa part d'héritage dans les biens de ses parents et de ses frères. Tenant en cela de famille, les enfants et petits-enfants seront des procéduriers hors pair, mais en vain. Seul, le plus jeune des fils, Hiérosme-Alexandre s'est sagement retiré sur la seigneurie de Guirsch laissant aux aînés, les propriétés de Ville-au-Bois, près de Reims, et l'ancienne seigneurie de Cobreville avec le soin d'en découdre avec les enfants et petits-enfants de Christophe de Reiffenberg et des deux sœurs, les seigneurs de MORHET et les HARBONNIER. Aujourd'hui, tout ce qui reste de la seigneurie de Cobreville n'est plus qu'une ferme avec quelques hectares de terres, nullement comparable au château de Guirsch.

Toutefois, si Hiérosme-Alexandre vit tranquillement et à l'aise, sur ses terres, il le doit aussi en partie, à son beau-père, François de BETTENHOVEN. En effet, celui-ci était également receveur aux aides, profession très rémunératrice comme nous l'avons déjà signalé. Or, celui-ci avait récupéré une partie des engagères (aujourd'hui, nous dirions, les hypothèques) et s'était porté acquéreur des terres mises en vente par les héritiers des de Cobreville dans la région de Guirsch. Le mariage de Hiérosme-Alexandre avec Marie-Cécile de Bettenhoven a donc permis une reconsolidation de la seigneurie de Guirsch. 

De l'union de Hiérosme-Alexandre de Vaucleroy et de Marie-Cécile de Bettenhoven naquit une fille, Anne-Claire, qui épousa un gentilhomme originaire de Gascogne, Jean Cellerier de la Marche. Ce dernier, militaire, avait été blessé lors d'une bataille dans nos régions et avait été soigné au château de Guirsch. Il prendra, dans la suite, le nom de de MARCHES. Son fils, André de Marches, conseiller principal de l'Impératrice Marie-Thérèse, sera nommé Baron par celle-ci.

Soulignons, en passant, le sort réservé aux privilèges dus jadis à la seigneurie de Guirsch. Après la mort de Hiérosme-Alexandre, les querelles familiales pour la succession resurgissent . Profitant de ces conflits, les habitants de Guirsch et des autres domaines parviennent, en 1729, à faire abolir certains privilèges tels la haute justice et certaines taxes dues au seigneur des lieux. Mais intervient Marie-Jeanne de Bettenhoven, soeur de Marie-Cécile, dame célibataire et érudite. Elle défend les droits de sa nièce Anne-Claire. Jusqu'en 1740, c'est en fait elle, qui régit le domaine. De ces propres deniers, elle rachète certaines terres mises en vente par d'autres branches de la famille de Vaucleroy afin de laisser le domaine unifié. A la suite de ses nombreuses interventions, le 27 juillet 1740, quelques semaines après la mort de Jean de Marches, l'empereur Charles VI rétablit certains privilèges, dont la haute justice.

Au fil du temps et des successions, la seigneurie de Guirsch a perdu une partie de sa splendeur, mais a retrouvé le calme et avec elle, les habitants qui en dépendaient. Cette nouvelle branche des de Marches ne se fera plus particulièrement remarquer dans le landerneau public à l'exception du baron Marie-Alphonse de Marches, dit Gustave-Alphonse, lors de l'indépendance de la Belgique et qui, lors du partage de la province du Luxembourg entre la Belgique et le Grand-Duché de Luxembourg en 1839, s'est montré suffisamment influent pour que le village de Guirsch soit rattachée à la Belgique alors que manifestement, ces terres auraient dû être grand-ducales. Les guirschois d'aujourd'hui regrettent sûrement cette décision et l'on en devine la raison. Nous parlons de ce dernier épisode dans la rubrique : " Du XVIè au XIXè siècle ".

La seigneurie n'aura pour autant pas perdu tout son lustre et sa notoriété puisque le Baron Gustave de Marches, dit Ferdinand, épousera Zoé Vilain XIIII (il n'y a pas d'erreur, ce n'est pas XIV), fille du Vicomte du même nom, député et Ministre des Affaires Etrangères de Belgique sous Léopold Ier et Pauline de Marches, dernière de la lignée, épousera le Baron Emile de Wykerslooth de Rooyesteyn, d'origine néerlandaise, Colonel des Guides, Lieutenant-Général et Général et Officier d'Ordonnance de Léopold II.
 

P.D.B    

Les principales informations de cette page sont tirées du livre déjà cité :
Abbé H. Jacob. Les Seigneurs de Cobreville en la Prévôté d'Ardenne (1400-1836), Cahiers de la Haute-Sûre 1978

 

 
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