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Au-dessus, le blason de Guirsch. En dessous, le lion de droite du blason de Beckerich, repris de celui de Guirsch, rappelle les liens qui unissaient les deux entités.

En 1505, Philippe Ier, roi de Castille (père de Charles Quint – l'Espagne occupait alors nos provinces) engagea et vendit à bon prix le domaine à Valerian de BUSLEIDEN, receveur des aides. Cette fonction consistait à prélever chez tous les habitants, qu'ils fussent seigneurs ou manants, leur écot à la fortification des villes, châteaux et forteresses pour résister aux visées expansionnistes de la France et les incursions des protestants hollandais. Cette fonction était particulièrement lucrative. D'autres personnages dont nous parlerons occupèrent les mêmes fonctions. Les Busleiden reconstruisirent le château de type féodal, derrière l'actuelle église de Guirsch.

Nous savons qu'en 1495, Guirsch comptait 12 feux (foyers) et 48 habitants.

Or donc, les enfants de Valerian montèrent à Bruxelles, Louvain et Malines pour faire carrière dans les milieux du gouvernement, de l'Université et de la magistrature (Voir la généalogie). La seigneurie, perdue dans les terres luxembourgeoises ne les intéressait plus. Aussi, profitèrent-ils de l'offre d'achat de Jean de COBREVILLE pour sortir de leur indivision. Celui-ci acquit le domaine pour devenir le seigneur hautain de Guirsch.

Pour avoir une idée de ce que représentait la hautaine seigneurie de Guirsch, voici un relevé établi en 1590, lors de l'achat de celle-ci par Jean de Cobreville.

Les maisons et château avec justice haute, moyenne et basse. Ensemble de droit patronage de l'église, la propriété des hommes, granges, étableries, pourpris, champs, terres, prés, pâtures, jardins, bois, dîmes, moulins, eaux, viviers. Ensemble de tous les fruits, profits, émoluments, revenus, cens, rentes tant en argent, froment, seigle, orge, avoine, foins, chapons, gélines (c, pouilles, services et aides.

Des participations aux rentes, dîmes, terres, prés et droits dus aux villages de Guirsch, Bouss, Beckerich, Pallen, Hoffelingen, Garmisch, Hondelange, Niederpallen, Lischert, Bonnert, Metzert, Bavingen, Ell, Parett, Narrenhaussen, Turpange, Eischen, Oberelter, Stockem, Didenburg, Nordingen, Lannen, Wahl, Meix, Mussy, les moulins de Wolcherot, Weiller, Nospelt, la maison franche d'Arlon, la maison de Thionville.

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Dire tout de Jean de COBREVILLE en deux ou trois lignes n'est guère facile. Aussi, avons-nous créé une prochaine page sous l'intitulé de « La saga des Cobreville ». Pour l'heure, nous le situerons comme suit:

Né d'une petite noblesse pauvre, c'était un personnage ambitieux, procédurier, peu scrupuleux des moyens qu'il utilisa pourvu qu'il arrivât à ses fins, passant de la caresse à l'intimidation, de la rouerie au coup de force et à la guerre sans merci. Son ambition n'a pas de borne. Il commença très jeune la "carrière"de receveur des aides comme Valerian de Busleiden. Il récupéra d'abord les terres ancestrales de Cobreville (entre Neufchâteau et Bastogne), puis des propriétés à Vaux, Rosières, Nives, Remoinville, Lavaux, Humyn et Remagne. Ensuite, pour asseoir sa notoriété et sa puissance, il acheta la hautaine seigneurie de Guirsch, devenant ainsi seigneur détenant également la haute justice. Ces derniers titres lui donnaient la puissance d'un grand seigneur et un siège aux Etats Nobles de Luxembourg.

Toutefois, sa soif d'expansion lui coûte cher et même très cher. Il existe plusieurs documents exprimant les doléances et plaintes s'élevant de la châtellerie d'ELL, des bourgeois et manants de la seigneurie qui étaient saignés à blanc afin qu'il puisse payer ses dettes.

A sa mort, il semble que les choses n'aient guère évolué. Marie de LIEFVELD, sa veuve, aux prises aux nombreuses plaintes et procès, a eu à payer les nombreuses dettes de son époux et donc à faire subir à ses bourgeois et manants, les rêves de gloire de ce dernier. De plus, en 1604, des pillards hollandais attaquèrent Arlon et le château de Guirsch. Le château fut pillé et incendié. Jean de REIFFENBERG, mari de Louise est pris en otage. Il sera libéré contre une forte rançon, payée par Marie de LIEFVELD et le château, fut remis en état.
 
Et l'oppression des habitants continua avec ses enfants. En 1621, leurs fils Alexandre et Pierre-Ernest reçoivent le château de Guirsch en héritage. La copropriété durera 4 ans. Durant cette période, le toit du château est "ré-ardoisé" (53.000 ardoises), les jardins et potagers redessinés, le mur d'enceinte est rebâti. Mais les travaux à peine terminés qu'en 1623, un grave incendie ravage les étables, la bergerie et la grange du château. Sous prétexte que le château est leur défense et leur patrimoine, les habitants de la seigneurie sont encore une nouvelle fois mis à contribution, et plus que d'habitude encore, pour la reconstruction des bâtiments détruits.
 
En 1625, c'est Pierre-Ernest qui reste seul propriétaire. Il a été nommé commandant de la Place forte d'Arlon et entretint un régiment de 300 soldats sur ses propres deniers.
 
Il se montre arrogant et est détesté par tout le monde. Il alla jusqu'à saisir à son profit, tous les pauvres héritages de ses administrés et mena ainsi à la ruine tous les manants de Guirsch, mais également des villages voisins dépendant de la Seigneurie.  

Non, décidément, en cette époque, il ne faisait pas bon vivre à Guirsch et aux alentours. De plus, durant ces décennies, la guerre a éclaté entre l'Espagne et la France. Les terres de Guirsch, espagnoles, sont à un jet de pierre de la frontière française. Arlon et le château de Guirsch seront pillés 5 fois par les Français.
 
Après le tumulte des de Cobreville, une arrière-petite-fille de Jean de Cobreville épousa un de MARCHES, gentilhomme originaire de Gascogne. Depuis cette période où il devint seigneur de Guirsch, il n'y a guère d'échos. Il est à supposer et à espérer que cela fut une ère de tranquillité. Toutefois, l'on peut supposer que l'un ou l'autre évènement a bien dû survenir, entre autres, lors de la Révolution française. Nous savons que l'église de Guirsch fut fermée, mais que les ouailles du village. célébraient la messe en plein air, à hauteur de la chapelle Willilbrord qui se trouve encore à l'entrée du village.

Au moment de la Révolution française, la châtelaine, Agathe de HAN se réfugie dans le second château de la famille, le "Guircherhoff" à Arlon, plus connu sous le nom de "Château tremblant". A la même époque, un ancien intendant du château de Guirsch, M. Resibois se rallie aux idées républicaines. Profitant de ses nouvelles fonctions et étant à Paris, il se souvient de ses anciens maîtres et raye la famille de MARCHES de la liste des émigrés. Grâce à ce geste, Guirsch et sa fortune sont sauvés.
 
Quelques autres données : depuis le XIIIème siècle, les dames de Clairefontaine possédaient une cour foncière consistant en quelques maisons et notamment la taverne de Gilberket. En tant que "haut justicier ", les châtelains se devaient de posséder une soldatesque et ceux-ci avaient parfois le temps long ....
 
Les deux premiers châteaux de Guirsch étaient des châteaux de type châteaux forts. Au fil des ans, le deuxième château sembla de plus en plus froid, trop exposé aux vents et manquant de confort. Il fut détruit dans un incendie. Plutôt que de le reconstruire, le baron André de MARCHES se décida à construire un nouveau château sous la forme d'un château ferme, à un autre endroit, plus abrité des intempéries et offrant plus de commodité, entre autres, une source et un puits. La première partie fut construite en 1749, la deuxième, dix ans plus tard. L'ancien château fut démoli progressivement et volontairement et il ne reste de nos jours, guère de vestiges.

En 1824, Guirsch est une commune du département (français) des Forêts, arrondissement de Luxembourg, canton d'Arlon, mairie d'Oberpallen. La commune comprenait Guirsch, le moulin de La Gaichel, , Heckbous, Levelange, le moulin de Saint-Pierre et Oberpallen.
 
En 1830, advint d'abord l'indépendance de la Belgique, puis le Traité de Londres en 1839. Revenons en 1830. La Belgique vient de gagner son indépendance, mais, contrairement à ce que certains pourraient croire, ses frontières définitives ne sont pas encore fixées. Le Luxembourg belge comprend alors l'actuelle province du Luxembourg et l'actuel Grand Duché de Luxembourg. A cette époque, le peuple ne faisait qu'un, et aucun ne désirait se séparer de l'autre. Mais il y avait la politique. Le seul pays qui avait un intérêt légitime à une séparation était les Pays-Bas. En effet, le duché de Luxembourg(1) appartenait, en propre, à Guillaume d'Orange- Nassau. Mais la France, la Prusse, l'Angleterre et la Russie s'en mêlèrent et intervint le Traité de Londres en 1839. En gros, l'idée de ces diplomates était que le nouvel état belge ne pouvait devenir une trop grande puissance et qu'il fallait créer une nouvelle zone "tampon" entre d'une part, la Prusse et, d'autre part, la nouvelle Belgique dont une partie de sa population était d'obédience germanique, du moins, par l'origine germanique des patois parlés (l'actuel Grand-Duché, le Pays d'Arlon et la Gaume). Si, d'aventure, il advenait des idées de véleïtés aux Prussiens, ils ne s'en prendraient pas à la Belgique. Et inversement, si ces populations désiraient rejoindre les populations de même langue, côté germanique... Il est à noter, en passant, que ce concept n'était pas irraisonné. Hitler, dès 1936, utilisait des collaborateurs nationaux traîtres(2) avec l'intention d'annexer ces mêmes territoires, au territoire allemand. Autrement dit, ces régions n'auraient plus été des régions occupées mais seraient devenues des territoires allemands. 
 
D'où, l'idée initiale de partager cette province du Luxembourg, selon l'origine des patois parlés. D'origine français pour le nord de la province, germaniques pour le sud de la province. L'actuelle Lorraine belge, essentiellement le pays d'Arlon devenait grand-ducal. Mais c'était sans compter sur les Français. En effet, il surgit brusquement dans les états-majors français une idée de ligne Maginot avant l'heure : Placer, hors l'influence de la Confédération germanique, la route stratégique de Metz à Liège, passant par Thionville, Longwy, Arlon et Bastogne. La région d'Arlon devait donc rester belge. Les conseilleurs n'étant pas les payeurs, c'est la Belgique qui, en échange, dut renoncer à une bande de territoire dans la province du Limbourg, de 6 km de large sur 22 km de long, au profit des Pays-Bas.
 
Mais si Guirsch est à 4 km d'Arlon et vraiment limitrophe de la frontière, d'autres villages voisins de Guirsch deviennent bien grand-ducaux. Alors pourquoi pas Guirsch? Il existe plusieurs versions dont certaines un peu fantaisistes pour expliquer que Guirsch soit resté belge. Parmi celles-ci, les deux les plus souvent entendues:

C'est l'Eglise (le Clergé) belge qui voulait que l'église de Guirsch reste belge. Pourquoi ? Guirsch faisait partie de la paroisse de Beckerich avec beaucoup d'accointances historiques avec ce village. Alors pourquoi a-t-elle laissé Beckerich devenir grand-ducal ? Là, nous pensons que la raison religieuse invoquée, qui suit, explique partiellement la confusion.

Le châtelain de l'époque voulait absolument que toutes ses terres soient sur le territoire belge. Faux. A l'époque, beaucoup de terres de la Seigneurie étaient encore sur le Luxembourg. D'ailleurs, si l'on consulte le site de la commune grand-ducale de Koerich, nous y apprenons que les fermiers koerichois purent enfin acheter leurs terres, en 1933. En effet, celles-ci furent cédées en vente publique par le Baron Ferdinand de Wykerslooth, frère du châtelain de Guirsch, celui-ci connaissant de graves problèmes financiers dus aux suites de la crise de 1929. Il semble plus que probable que les raisons pour que Guirsch soit resté belge, soient la deuxième, exposée ci-après :

Il y a d'abord la raison officielle qui fut donnée à l'époque. Le Baron Gustave-Alphonse (ainsi appelé dans la famille mais de vrais prénoms Marie-Alphonse-Philippe) de Marches, châtelain de l'époque était un fervent catholique. Or, s'il devenait grand-ducal, son roi aurait été Guillaume d'Orange-Nassau, protestant, lui. Il se refusait donc à devoir obéir à un souverain protestant.

Mais la raison réelle, semble être moins spirituelle, très terre-à-terre même, mais oh !, combien humaine, à savoir la crainte de la fiscalité.

"Entre Martelange et Bastogne, une dizaine de villages germaniques furent également rattachés à la Belgique suite à l'ignorance ou aux renseignements erronés des plénipotentiaires réunis à Londres. Enfin, d'importants propriétaires fonciers auraient obtenu in extremis de légères modifications du tracé de frontière, car le grand-duché hollandais risquait de connaître une forte hausse de la fiscalité. Guirsch, Heckbous, Sterpenich et d'autres villages seraient en Belgique pour cette seule raison" (J.M. Triffaux, Historien, Journal "Le Soir" du 15 avril 1989.

Certes, de nos jours, cela peut paraître paradoxal, mais pas en 1839. Un raisonnement très simple s'imposait à l'époque : Les Hollandais, en perdant la Belgique, perdaient quelques millions de contribuables. Comment compenser une telle perte si ce n'est en augmentant les impôts de ses nationaux et ressortissants dont les Grand-Ducaux faisaient partie.

En 1839, les sections de Levelange et d'Oberpallen sont détachées de Guirsch et le village de Guirsch fut rattaché à la commune de Bonnert. Dans la suite, on se rendit compte de la distance à parcourir entre les 2 villages par les chemins construits et du mauvais état de ceux-ci. Il fut donc décidé de rendre Guirsch autonome et d'en faire une commune avec Heckbous et La Gaichel comme hameaux. En 1851, à l'occasion d'une restructuration des terres et territoires des communes avoisinantes, issues de l'indépendance, le Grübermühlen fut détaché d'Attert et annexé à Guirsch, ce village et ses hameaux devenant une commune à part entière.

Guirsch restera ainsi une commune indépendante jusqu'à la fusion des communes, en Belgique, de 1976 et est depuis, un des villages de la ville d'Arlon.

P.D.B  

(1) Attention, il s'agit bien du Duché de Luxembourg qui comprenait la ville de Luxembourg et ses alentours et non de l'actuel Grand-Duché.

(2) Tenant compte des moyens de communication, les universitaires issus de ces populations étudiaient aussi bien dans les universités allemandes, françaises ou belges. Actuellement, c'est encore le cas au Grand-Duché selon que l'étudiant soit originaire du Nord du GDL (Universités allemandes ou même, autrichiennes) ou du sud du GDL (Belgique ou France). Dans le cas de la région d'Arlon, depuis 1936, il s'agissait de 2 frères (les Müller), médecins, belges, ayant fait leurs études à Berlin.
 

 
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